
Les être-robots
Michel Sandt
Le chat-robot : Avoir un chat à la maison, c’est une compagnie, une présence. On dit même qu’avoir un chat à la maison concourt au bonheur de ses habitants. Car un chat est amusant, aime jouer (surtout quand il est petit), et le caresser apporte un certain plaisir. Vous prenez de temps en temps un café dans la cuisine : il saute volontiers sur vos jambes pour s’y laisser cajoler, ou pour apprécier votre chaleur en ronronnant. Or, la technologie s’étant bien développée, des chat-robots apparaissent sur le marché. En tout point comparable à un vrai chat, le chat-robot viendra sur vos genoux pour s’y faire caresser, jouera aussi. L’avantage, c’est qu’il n’aura besoin ni de sable pour ses toilettes, ni de nourriture (croquettes, conserves variées, etc.), seulement d’électricité qu’il ira lui-même chercher à la station près d’une prise électrique. Mais se dire que ce n’est rien d’autre qu’une machine, et non un véritable être, ne risque-t-il pas de gâcher le plaisir ? Certains prennent un chat ou un chien en guise de compagnie ; le robot va-t-il réaliser cette compagnie ?
L’ouvrier-robot : C’est un petit homme mécanique, de 1,60 m de haut par exemple, un humanoïde. Il vous regarde, vous écoute, et grâce à son intelligence artificielle il prend vos consignes. Vous lui expliquez le travail à faire, avec les outils, vous lui montrez et vous dites encore : « Si tu n’arrives pas à faire quelque chose, viens me chercher et je te montrerai ». Il vous répond : « Oui, maître ! » et commence le travail. De tels robots existent déjà ; ils sont encore très chers. Mais ils vont bientôt être produits en série. Dans 20 ans il y en aura beaucoup. Et si en un an il vous accomplit le travail de plusieurs ouvriers, si le travail est mieux réalisé, selon vos souhaits et sans problèmes humains, alors il vaudrait peut-être la peine d’économiser pour l’achat d’une telle machine…
La femme-robot : Les promesses technologiques sont époustouflantes. On commence à produire, pour les célibataires, des femme-épouses. Elles ont bien sûr toute l’apparence d’une vraie femme : le regard, la peau, la gestuelle, tout. En plus, elles sont attentives, elles répondent au téléphone, donnent conseils et sollicitude. Franchement une prouesse, avec en plus l’assurance qu’elles ne vont pas demander le divorce pour un oui ou un non, et emporter la moitié de vos biens. Mais, là encore, elles ne sont que des machines, créées en usine et livrées (avec manuel d’assemblage : viser les membres, passer les vêtements, mettre en route le programme) à domicile.
Question : Quels cas vous paraît acceptable ? Pour l’ouvrier humanoïde, j’imagine que beaucoup pourraient l’envisager, et même assez spontanément, si du moins il ne se retourne jamais contre vous. Pour le chat objet de compagnie, ou la femme-robot, ce n’est pas si évident (quoique le chien de garde se justifie déjà). Car parler à une machine comme à un être cher, ne serait-ce pas entrer dans la folie ? Et pourtant, la solitude peut être tellement cruelle que, faute de mieux, l’humain pourrait s’y faire, comme ces jeunes qui passent des journées à des jeux sur ordinateur. Mais le jeune Japonais va-t-il tomber amoureux de sa femme-robot ? Nicolas Tesla n’est-il pas tombé amoureux, dans ses dernières années, d’un pigeon ? Alors, folie pour folie !
